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Le coin du barde...

le Lun 4 Juil 2005 - 0:02
Il s'agit juste de faire partager à ceux qui le désirent quelques textes savoureux...
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Re: Le coin du barde...

le Lun 4 Juil 2005 - 0:04
Si …



Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un seul mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser le rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent ;
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

Rudyard Kipling
Traduction de Paul Eluard
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Re: Le coin du barde...

le Lun 4 Juil 2005 - 0:06
Il n’aurait fallu
Qu’un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l’immense été
Des choses humaines

Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d’air

Rien qu’un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins Une rosée
Contre mon épaule

Un front qui s’appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m’a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers

Un tendre jardin
Dans l’herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon cœur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l’ombre douce


Aragon
Le roman inachevé
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Re: Le coin du barde...

le Lun 4 Juil 2005 - 0:09
Ophélie


II


O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
_ C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d’étranges bruits ;
Que ton cœur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
_ Et l’Infini terrible effara ton œil bleu !


Arthur Rimbaud
Poèmes de 1870
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Re: Le coin du barde...

le Lun 4 Juil 2005 - 8:37
Moi je vends des marrons
A Saint-Ouen tous les matins
Là devant mon poêlon
Ca nous réchauffe les mains

Dans tes yeux c'est pareil
Et tes seins c'est pas d'l'oseille
Tout c'qu'est rond c'est des marrons
Et le reste gardez-le

Mieux vaut vendre des marrons
Que de vendre son coeur
Mieux vaut vendre des marrons
Que de vendre cette chanson


Les Têtes Raides
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Re: Le coin du barde...

le Lun 4 Juil 2005 - 13:54
Magnifique poesie que celle des tetes raides.

Le temps perdu

Devant la porte de l'usine
le travailleur soudain s'arrête
le beau temps l'a tiré par la veste
et comme il se retourne
et regarde le soleil
tout rouge tout rond
souriant dans son ciel de plomb
il cligne de l'oeil
familièrement
Dis donc camarade Soleil
tu ne trouves pas
que c'est plutôt con
de donner une journée pareille
à un patron ?

Jacques Prevert


Le premier jour

Des draps blancs dans une armoire
Des draps rouges dans un lit
Un enfant dans sa mere
Sa mere dans les douleurs
Le pere dans le couloir
Le couloir dans la maison
La maison dans la ville
La ville dans la nuit
La mort dans un cri
Et l'enfant dans la vie.

Jacques Prevert


L'affiche rouge

Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant


Louis Aragon

Quelques uns des poemes que j'aime beaucoup, j'espere ne choquer personne.
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Re: Le coin du barde...

le Mer 6 Juil 2005 - 0:27
Merci Zeb, Merci Eriol...
C'est sympa comme tout ce "coin du barde" ...
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Re: Le coin du barde...

le Mer 5 Oct 2005 - 20:04
LA MAIN POURPRE

organisation passagère,
fondée dans un monde éfemère,
qui auras marquée nos pairs,
et dont laquelle nous somme fiers.

La pèche au goujon etait notre passion,
et grandes étaient nos ambissions,
tous nous unire sous le blason,
des barbecues et des amicales réunions.

Sleagol notre fidel cuisinier,
préparais le poisson avec talents.
afin de tous nous sublimer,
des ces delises enivrants.

haaaa que la vie était douce en ces temps,
loin des contrées surpeuplées et des champs de bataille.
nous savions chanter et danser gaiemment,
vivant de bonheure, de pèche et de ripaille.

Slob
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Re: Le coin du barde...

le Mer 5 Oct 2005 - 20:09
Le Magot

Quand la lune était neuve et jeunot le soleil,
d'argent et d'or les dieux chantaient :
dans l'herbe verte de l'argent ils jetaient,
et les blanches eaux d'or ils remplissaient.
Avant qu'on ait creusé le puits, avant qu'on ait ouvert l 'Enfer,
avant le venue sur terre du vilainnain et du dragon,
vivaient des Elfes sans âge,
et, sous les vertes collines, dans de profondes vallées, des incantations ils chantaient en fabriquant des tas de jolies choses,
parmis les quelles les belles couronnes que les rois des Elfes portaient.
Mais le sort cruel les frappa, et leurs chants s'éteignirent,
abattus par le fer, enchainés par l'acier.
L'Envie qui jamais ne chante ni jamais ne sourit,
l'Envie entassa leurs richesses dans des trous sombres,
argent gravé, or ciselé :
sur la maison des Elfes retomba l'ombre.

Il y avait un vieux nain dans une sombre cave,
ses doigts jusqu'a l'ongle étaient d'or et d'argent.
avec un marteau, des tenailles, une enclume,
il travailla ses mains jusqu'a l'os,
il en battit monnaie, en fit anneaux, des colliers,
et il eut l'idée d'acheter eux rois leur puissance.
Mais ses yeux se ternirent et ses oreilles s'assourdirent
et la peau jaunit sur son vieux crâne;
entre ses pattes osseuses, avec un pâle éclat
glissaient des pieres précieuses qu'il ne voyait pas.
Il n'entendit pas le pas, bienque la terre tremblât
quand le jeune dragon vint pour etancher sa soif,
et il n'entendit pas la bouffée de fumée a sa sombre porte.
Les flammes sifflèrent sur le sol de son cachot
et il mourut solitaire dans les rougeoiement du brasier,
et ses os en cendres tombèrent dans le foyer.

Il y avait un vieux dragons qui vivait sous la pierre grise;
il était seul et ses yeux clignotaient.
Sa joie s'en était allée, et sa jeunesse était morte,
il était boutonneux et ridé et tout bossu depuis le temps
qu'a son or il était enchainé, tout contrefait;
de la fournaise de son coeur le feu s'était enfui.
Des gemmes acrochées a son ventre baveux,
il respirait de l'or, il suçait de l'argent:
de la moindre petite bague il connaissait l'emplacement
à l'ombre de sa grande aile noire.
SUr sa couche si douce il pensait aux voleurs
et rêvait que de leur chair il se repaissait,
que leurs os il broyait, que leur sang il buvait :
ses oreilles en fremissaient et son soufle se faisait plus court.
Une cotte de mailles sonna. Il ne l'entendit pas.
Une voix lui fit echos dans sa profonde grotte :
un jeune guerrier à la brillante épée
lui disait de prendre garde à son magot.
Ses dents était des couteaux, et de corne sa peau,
mais par le fer il périt, et sa flamme s'éteignit.

Il y avait un vieux roi sur un trône bien haut :
sa blanche barbe tombait sur ses genoux calleux ;
sa bouche ne goûtait ni viande ni vin,
et ses oreilles pas le moindre chant; il ne pensait
qu'à son grand coffre au couvercle ciselé
où il cachait son tresor secret de bijoux et d'or
dans l'obscurité et dont les portes étaient renforcées d'acier.
Les épées de ses thanes étaient mangées par la rouille,
sa gloire était tombée, sa loi était injuste,
ses salles d'armes étaient vides, et froids ses appartements,
mais il était le roi de l'or des Elfes.

Il n'entendit pas le cor qui sonnait sur le col d'une montagne,
il ne sentit pas le sang dans l'herbe piétinée,
mais son palais fut incendié, son royaume dévasté
et dans un puits glacé on jeta ses ossements.

Il est un vieux magot dans un sombre rocher,
oublié derrière des portes que nul ne saurait déverrouiller ;
_sinistre porte que l'homme ne peut passer.
Sur le tertre pousse l'herbe verte ;
il y broute le mouton, il y plane l'alouette,
il y soufle le vent du large.
Le vieux magot peut bien retenir la Nuit
tandis que la terre attend et que dorment les Elfes.
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